Témoignage : “J’ai fait un syndrome du choc toxique menstruel”

“Etudiante, j’étais en train de passer le concours de ma vie pour entrer dans une grande école quand j’ai failli mourir, à cause des tampons que j’ai portés trop longtemps. Cela ressemble à une fake news, mais, malheureusement, c’est vrai : j’ai fait un choc toxique, une infection généralisée aiguë due à la bactérie staphylocoque doré, dont l’une des souches libère une toxine très dangereuse, la TSST-1.

Concrètement, la bactérie se sert du sang absorbé par le tampon comme d’un milieu de culture, afin de proliférer. De fait, plus on le garde longtemps, plus la bactérie a potentiellement le temps de se multiplier. Si, malheureusement, comme cela m’est arrivé, la toxine passe dans le sang depuis le vagin, c’est tout le corps qui est infecté.

On ne porte jamais un tampon plus de 6h

Jamais je n’avais entendu parler du choc toxique ni qu’il fallait changer de tampon après 4 à 6 heures (ou de cup menstruelle, mais je n’en portais pas), afin de rester dans une zone de confort pour la santé. J’avais pour habitude de les remplacer lorsque c’était nécessaire, sans me soucier de comptabiliser les heures.

Ma priorité était de ne pas être gênée par mes règles pendant mes examens. Aussi, non seulement j’avais opté pour les tampons les plus absorbants possible, ceux dédiés aux flux très abondants, même si le mien était normal, pour ne pas avoir à en changer pendant les épreuves, mais, en plus, quand j’en ôtais un, j’en remettais un aussitôt. Là encore, j’ignorais qu’il fallait faire des pauses et utiliser en alternance une protection externe, comme une serviette ou une culotte menstruelle, pour limiter le risque potentiel de prolifération.

Les symptômes ressemblent un peu à ceux de la grippe

Depuis le début de mes règles, cinq jours avant mon malaise, j’étais patraque, j’avais des frissons, mal dans les lombaires et une petite diarrhée. Des symptômes assez ordinaires que j’éprouvais certains mois. Mais, cette semaine-là, l’intensité était malgré tout un cran au-dessus de d’habitude. Je l’ai mis sur le compte du stress et de la fatigue, car j’avais révisé jour et nuit. Cela ne m’a pas plus alertée, puisque j’étais en bonne santé. Je faisais du tennis en compétition régionale et j’avais passé un check-up médical deux mois plus tôt.

Le jour du choc toxique, je passais une épreuve de 6 heures et, avec le temps de trajet, j’ai dû garder mon tampon 7 h 30 à 8 h avant de m’écrouler… vingt minutes avant la fin de l’examen. J’étais en train de relire ma copie quand, brusquement, tout s’est accéléré. J’avais très mal à la tête et dans les côtes, la sueur perlait sur ma nuque et dans mon dos, je me sentais faible et des plaques rouge vif couvraient ma peau. J’ai pensé à une hypoglycémie, mais j’ai su ensuite que l’infection se propageait dans mon corps et que c’était une chute de tension et de la fièvre. En fait, les symptômes du choc toxique ressemblent en partie à ceux de la grippe (frissons, fièvre, céphalées, nausées… ).

L’infection a attaqué les reins

J’ai perdu connaissance sans m’en rendre compte. Le black-out total. Je me suis réveillée à l’hôpital. Mon immense chance, c’est d’avoir été prise en charge immédiatement par les pompiers du centre d’examen. Si j’avais été seule dans ma chambre de bonne, je ne vous parlerais peut-être pas aujourd’hui… J’ai reçu un traitement antibiotique par intraveineuse” à dose de cheval”, m’a dit le médecin, et j’ai aussi été placée en dialyse temporaire, car l’infection a attaqué mes reins.

D’où ma douleur dans les côtes, car j’ai appris qu’ils ne se situent pas dans le bas du dos, mais sous les côtes, de chaque côté. Je suis restée trois semaines à l’hôpital. Et j’ai mis quatre à cinq mois à récupérer ma force musculaire et mon énergie. Mes reins sont tirés d’affaire, mais ils gardent une fragilité ; leur capacité de filtration est légèrement diminuée, mais sans que ce soit pathologique. J’ai eu énormément de chance, j’aurais pu me retrouver en insuffisance rénale et en dialyse à vie.

Je ressens une immense colère. Pourquoi ma gynécologue ne m’a-t-elle jamais informée ? Mais c’est surtout à moi-même que j’en veux d’avoir été si négligente, car j’ai vérifié, c’est écrit sur les boîtes de tampons. Jamais je n’avais lu. Je n’en porte plus, ça m’angoissait trop. J’en ai profité pour arrêter la pilule en faveur d’un stérilet hormonal, qui rend mon flux de règles si faible que, certains mois, un protège-slip suffit. Ça aussi, je l’ignorais…

S’il n’y avait pas, aujourd’hui encore, un tabou autour des règles, il n’y aurait pas ce déficit d’information, tampons et cups compris. Les règles, c’est la vie, c’est la féminité. Ma part de sororité, c’est d’en parler pour que ça n’arrive plus.

En savoir plus : Ceci est mon sang, Élise Thiébaut (éd. La Découverte Poche)

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